dimanche 8 novembre 2009

FIESTA // FOREVER

Dans le cadre du Show Off, la galerie Analix Forever exposait ses artistes autour d' un thème commun, celui de la fête. A priori, ce choix était osé car, en ces temps de crise, nous sommes rebattus des références bling bling et des soirées débauchées ... Alors Barbara, pourquoi Fiesta ?

Dans son acception commune, la fête s'élabore autour d'un thème particulier et organise, sinon un désordre, du moins des dérogations à l'ordre afin d'obtenir dans la conscience collective l'assentiment à l'ordre préconisé. Il s'agit donc essentiellement d'un jeu symbolique qui ne peut exister sans un ensemble d'éléments évoquant, par une correspondance analogique formelle et culturelle, la transgression. Parler de la fête c’est donc avant tout parler de symboles.

Et les artistes de l’exposition de l’avoir bien compris. Point de fête sans alcool ? On découvre alors de la vodka sans alcool. Point de fête sans provocation érotique ? On y voit des dessins pornographiques dont la beauté nous fait oublier l’aspect transgressif. Point de fête sans occultation ironique de la mort ? On y trouve cette vanité du XXIème siècle mettant en scène l’absurdité du faste. Ainsi, peu à peu, les simulacres de la fête sont démasqués et les symboles mal menés. Je comprends alors que le but de l’exposition n’est pas de faire l’apologie de la fête mais de démontrer l’absurdité des symboles qu’on lui rattache.

La fête est-elle gâchée ? Pas le moins du monde. Car après avoir déconstruit les artifices de la fête faussement transgressive, des artistes exposent la vraie fête, celle du partage inconscient qui n’a pas besoin de symboles manipulés pour exister. Et cette fête réinventée on l’a doit à Marc Horowitz avec son "National dinner tour" dont les photos viennent illustrer une formidable aventure humaine, décalée, originale et véritablement festive ! Alors oui, Fiesta !

lundi 26 octobre 2009

FIAC // 2009


Dans cette nouvelle édition de la FIAC, il met apparu évident que les choses avaient changées. Retour à la simplicité était le mot d'ordre et cela n'avait rien pour me déplaire. Moins de monde et moins de champagne pour des oeuvres plus intimes rejetant la monstration. Cette révolution douce rend possible l'émergence du dessin, déjà aperçue dans d'autres foires. Cette forme d'expression artistique semble en effet prendre une nouvelle place dans la création contemporaine. Echantillon:



- Maya Hewitt: cette jeune artiste contemporaine de Londres dessine et peint. Ses sujets sont figuratifs et son univers souvent onirique. Intimes et justes, ses oeuvres interpellent par leurs formes naïves et puissantes à la fois.


- Catharina Van Eetvelde : un psd peut-il devenir une oeuvre ? Dans ce cas précis, oui. Les traits sont d'une naïveté que l'on ne peut s'empêcher de contempler. A noter aussi la prise de risque de la galerie (Anne Barault).


- Walter Niedermayer : des photos à l'allure de dessins réalisés au crayon. De loin on regarde, de près on admire.

dimanche 4 octobre 2009

HORS // CADRE

Dans le milieu des années 1960, le mouvement Support / Surface interroge le rôle du support traditionnel dans la création artistique. Ultime mouvement d’avant garde français, ses acteurs veulent questionner ce qui « entoure » l’œuvre en la faisant sortir de son « cadre ». Dès lors, l’environnement devient peu à peu lui aussi prétexte à la recherche artistique.


Car, si nous ne connaissons que principalement les œuvres « neutres » des galeries pouvant être exposées dans n’importe quel lieu, il existe aussi des catégories d’œuvres qui, depuis cette période, exploitent et questionnent leur environnement à des degrés différents.

Par exemple, les oeuvres dites « in situ » s’accaparent l’espace d’exposition, le transformant en prétexte à l’expression artistique. L’histoire du lieu, ses codes et son univers deviennent ainsi autant d’éléments qui englobent l’œuvre, lui donnant sens mais ne faisant nullement partie intégrante de celle-ci. Une œuvre in-situ sera donc relative à son environnement, ni plus ni moins.

A contrario, les «performances » font de l’instant et du lieu des éléments intrinsèques et constitutifs de l’œuvre. Cette interdépendance matérielle entre l’œuvre et son environnement fait donc qu’une performance ne serait être dissociée du cadre spatiotemporel qui l’a vu naître. L’environnement devient ici une part intégrante de l’œuvre.

Enfin, les œuvres du mouvement « Land Art » poussent l’interdépance encore plus loin en ne concevant leurs œuvres non comme aditif esthétique à un lieu mais bien comme une anecdote passant au second plan derrière la nature qui restera le principal sujet. Les artistes de ce mouvement acceptent alors de se soumettre au lieu et d’interagir avec lui sans le modifier radicalement. L’environnement, agrémenté d’une manifestation artistique, est l’œuvre.

Mais le questionnement ultime de ce rapport a été mis en lumière par l’exposition « Vides » du mois de févier au Centre Pompidou. Cette rétrospective démontrait comment de support spatio temporel, la salle d’exposition est devenue le sujet même de plusieurs expositions. Ultime étape donc, où l’environnement conceptuel non agrémenté, seul, est oeuvre.

(image : Penone, artiste du mouvement Land Art).

lundi 27 juillet 2009

ART // CLASSIQUE

La nouveauté dans l’art (et donc dans la production artistique) est, vous l’aurez sans doute compris, un des thèmes que j’affectionne tout particulièrement.

Des penseurs, à l’image de R.BARTHES, ont réfléchi sur ce sujet et le résultat est conséquent. En effet, dans un catalogue d’exposition consacré au Pop Art et intitulé « Cette vielle chose, l’art … », le sémiologue explique que la finalité de ce courant est de rendre compte de la société de consommation frénétique et grotesque des années 1960. L’auteur de démonter ainsi que l’acte artistique n’est ici, de fait, qu’un avatar de la conception classique de l’art fondée sur le désir de transférer les réalités de la société dans la création artistique.

Le Pop Art est donc, selon ce raisonnement, une expression d’art classique finalement peu innovante conceptuellement.

L’analyse de B.LAMARCHE VADEL selon laquelle la place et l’appréciation, à priori, de l’auditoire récepteur de l’œuvre doivent êtres considérées comme des éléments explicatifs d’une œuvre classique, nous aide à aller encore plus loin. En effet, vues sous cet angle, les œuvres classiques se caractérisent par la prise en compte de l’auditoire (mécène, peuple …) lors de leurs conceptions. A contrario, les œuvres modernes elles n’ont pas de destinataire prédéterminé (l’art pour l’art …). Or, la plupart des œuvres « contemporaines » ne sont que trop orientées vers un public visé et leur but n’est souvent que de faire passer un message. L’acte artistique contemporain devient alors un acte de communication se rapprochant de la propagande et adoptant une démarche purement « classique ». Pour visualiser cette dichotomie, il nous suffit d’opposer à un tableau de Monnet (moderne, donc non classique) le Sacre de Napoléon par David (classique).

Ces deux analyses nous permettent ainsi de relativiser l’impact de certaines œuvres actuelles dites « provocatrices », car à y regarder de plus près, elles ne sont elles aussi que trop souvent des œuvres « classiques », porteuses de message et reflet naïvement provocateur de la société.

Un bon exemple (la caricature l’est souvent…) en l’œuvre de Jeff Koons ,oeuvre classique rappelant étrangement les vanités de l’époque baroque, pour un auditoire conventionnel.

samedi 27 juin 2009

AMOR // MUERTE

Une fois n’est pas coutume, c'est d'un livre dont il s’agit aujourd’hui: « Amor o muerte » de la galeriste Barbara Polla . Œuvre hybride, inclassable, navigant entre biographie et récit onirique, l’ouvrage hors normes de Barbara se lit, se dévore et se consume en un instant, un éclair, un souffle.

Son sujet : Kris Van Assche. Son thème : comprendre l’artiste et mieux connaître l’homme. Son style : vif, riche, délicieusement anecdotique et imagé. Les mots sont toujours justes. Jamais pédant, souvent envoûtant, nous saisissons au cours de cette lecture, comme ça, à la volée, quelques clefs de l’univers de l’artiste / artisan qu’est Kris.

Mais Barbara m’avait prévenu lors de sa dédicace à la Galerie Ofr : « je ne suis pas biographe, je dois créer, produire de l’imaginaire …». L’exercice m’avait alors paru périlleux : comment concilier réalité et imaginaire lorsque l’on parle d’un homme public sur qui tant de choses ont déjà été écrites ? De plus, ayant eu la chance de travailler auprès de Kris, de le connaître et d’un peu le comprendre, je me suis lancé dans cette lecture, certain que la schizophrénie de l’ouvrage me serait à chaque instant évidente et que le subterfuge, de ce fait, ne prendrait pas …

Ce n’est qu’en reposant le livre, une fois lu, vécu et aimé que je me suis rendu à l’évidence : la magie a opéré. A aucun moment le travail de funambule de Barbara n’est percé à jour, on ne voit aucun fil, on ne sent aucun filet, tout se passe comme dans un rêve, un songe merveilleux au cours duquel réalité et imaginaire se mêlent à la perfection, créant une nouvelle dimension, un autre univers.

Et là, je me souviens. La même sensation étrange et envoûtante m’avait saisie après la lecture d’Alabama Song de Gilles Leroy. Le Prix Goncourt 2007 avait réussi le même exploit : mélanger fiction et réalité dans une biographie d’un nouveau genre. Alors qui sait …

vendredi 19 juin 2009

RENCONTRE // LEVEQUE

Hier, à l'espace Drouot, je rencontre Claude Lévèque. Artiste du Pavillon français à la Biennale de Venise, il y présente son installation « Le Grand Soir ». Ayant commencé à travailler sur ses installations en 1984 avec l’oeuvre « Grand Hôtel », il lui aura d’abord fallu passer par le cinéma et la scénographie avant d' arriver à proposer cette forme d’expression artistique atypique, proche de la mise en scène.

Mais Claude Lévèque définit plus précisément son œuvre comme une « esthétique relationnelle » dont le but serait de communiquer de manière poly-sensorielle avec le plus grand nombre. Chacune de ses installations comporte ainsi 3 dimensions : une matérielle, une sonore et une conceptuelle afin de « créer des récits ». L’artiste nous présente d’ailleurs ses œuvres non pas sur des images fixes projetées mais par le biais d’un DVD, seul média capable, selon lui, de retranscrire la dimension « ultra fragmentée » de son travail où chaque dimension doit être reçue simultanément.

Toujours « in situ » et souvent temporaires, ses œuvres posent alors la question de la préservation et Claude de répondre « je m’en fou … ». Mais derrière cette réponse un peu provocatrice, se cache une vraie réflexion sur le terme « in situ ». Selon l’artiste, une œuvre « in situ » n’a de sens que lorsque celle-ci se nourrit de l’histoire passée et présente du lieu dans lequel elle se trouve. Point d’œuvre donc, sans repères temporels et spatiaux.

Et Venise dans tout ça ? Après avoir exprimé la pression et la fierté induites par cette participation à la Biennale, Claude Lévèque nous parle du pavillon dont l’architecture « chargée » pose problème avant d'évoquer le caractère un peu désuet du concept de la représentation nationale dans l'art . Politique son « Grand Soir » ? Non. Certes, l’artiste avoue y présenter sa vision de la France actuelle mais il se défend de toute propagande.

Pour l’artiste, le problème de son oeuvre réside bien plus dans le fait que sa compréhension nécessite de passer au moins 5 minutes dans chaque installation, là où les gens n’y consacrent en général qu’une minute. Œuvre onirique et poétique, elle demande en effet de se laisser porter, sans jugement ni conceptualisation forcée, vers des univers à l’esthétique dépouillée et vibrante.

A découvir sur : www.claudeleveque.com

samedi 13 juin 2009

GALERIE // TOUR # 2

Duane Hanson "Illusions Perdues".
Galerie Emmanuel Perrotin. 

Grâce à des moulages sur modèles vivants, l'artiste "hyperréaliste" propose des personnages au réalisme saisissant. Manifestation de certaines vérités sociales difficiles (obésité, SDF ...), cette sélection surprend sans déranger... C'est peut être ce qui l'a rend intéressante. 

Liang Shaoji "Silk Trace". 
Galerie Karsten Greve. 

La route de la soie nous mène directement vers cette galerie pour y découvrir des objets pris dans le fil et les cocons. L'originalité de la démarche permet de découvrir une oeuvre empreinte de légèreté et de lyrisme. 

DESIGN // ART

Le design doit-il se montrer dans les galeries d'art ? Thème récurrent de ces dernières années, "l' accrochage" de la galerie JGM Galerie permet d'aller plus loin dans le débat. En proposant des pièces du sculpteur Lallane, la galerie nous met face à une création artistique, certes, mais aussi fonctionnelle (à l'image du bar rhinocéros, d'ailleurs exposé l'an dernier au Grand Palais à l'occasion de l'exposition Design contre Design histoire de brouiller encore plus les pistes ...). Sculptures, ces pièces se rapprochent du meuble design ... Un nouveau début de polémique ? 

Non, car les choses sont claires. Lallane est un sculpteur et une galerie n'est pas un lieu réservé à l'art. Des lieux comme la galerie Kréo proposent des objets de design en série limitée afin de pousser un peu plus loin la recherche en matériau, en forme, en usage ... Il n'a jamais été question d'art. Reste que des passionnés de design achète à prix fort des objets qui resteront, peut-être, dans l'histoire... et alors ? Taxons-nous les concessionnaires de voitures de luxe de vouloir vendre de l'art ? Non. L'art c'est l'art, le design, le design. 


mercredi 10 juin 2009

RENCONTRE // BORTHWICK

Lorsque vous êtes amateur de l'esthétique de la Maison Martin Margiela comme j'ai pu l'être, approcher de près un artiste comme Mark Borthwick, c'est toucher du doigt une idole artistique. Un jour, dans une galerie autour du Carreau du Temple, j'ai eu l'opportunité de le croiser. 

Purple

L'homme est simple, animé et cohérent: jean délavé, chemise à carreaux, barbe fournie et cheveux en bataille. Il a travaillé pour Purle et Self Service. De nombreuse fois pour Margiela, parfois pour Helmut Lang. On aura donc vite compris ce qui anime l'expression de Mark: une ode au Less is More, mais où la marque du temps, de l'anecdotique et de l'inattendu ont leur place. On remarqera aussi les survivances d'un surréalisme abouti dans certaines mises en scène.

Travail pour Margiela 

Il était aussi amusant de rencontrer un artiste qui, travaillant quelques fois pour la mode, n'hésite pas à intituler son livre "not in fashion". Il prouve par ce titre (et par ses oeuvres) que mode et art peuvent se nourrir mutuellement, sans pour autant faire les gros titres ou créer des débats stériles sur la liberté de l'art face à ses mécènes. 

A découvrir donc, dans un ouvrage regroupant plusieurs de ses travaux: "not in fashion" aux éditions Rizzoli New York. 

Dédicace de mon livre par Mark

mardi 2 juin 2009

NEXT // STEP

Il y a t-il du nouveau dans l'art ? Peut être pas, car ce que nous appelons Art Contemporain est déjà figé dans un classicisme souvent affligent. Comme beaucoup, j'ai cru à l'art venu de loin. J'ai finalement découvert un art des plus conventionnel à l'image du pseudo pop art chinois tentant en vain de nous faire réfléchir sur la problématique de la consommation en terre communiste. Ainsi, même si l'émergence de nouvelles scènes mondiales de l'art fait bouger les lignes ( à l'image de la formidable scène iranienne mise en avant chez Thadddaeus Ropac au travers de l'accrochage Raad o Bargh) , reste le classicisme des modes d'expression (et des thèmes exprimés).Trop souvent, le "nouveau" dans l'art se résume à un nouveau sujet traité de la même manière plastique par de nouveaux artistes. Pourtant, innover est impératif dans l'art. 

De la représentation du réel, les impressionnistes ont fait glisser l'acte artistique vers l'expression d'un sensation subjective face à ce réel. Puis l'art conceptuel aura pour mission de dématérialiser  l'acte artistique. L'exposition "Vide, une rétrospective" montre d'ailleurs grâce à des salles ... vides, jusqu'où il est possible (et passionnant) de questionner l'objet d'art. Mais depuis ? 
                              
                    
Joseph // Kosuth 

Kosuth avait déjà présenté les champs possibles de la recherche artistique en présentant une chaise (l'objet), sa photographie (sa représentation) et sa définition (son concept). Il y aura du nouveau dans l'art lorsque nous pourrons accrocher un autre élément à l'installation de Kosuth. 

KAWARA // KOONS

L'opposition art conceptuel et art pop (voire figuratif) est récurrente dans l'histoire de la création. Ainsi, nul ne serait capable de rendre comparable une oeuvre de Kawara à une oeuvre de Koons. Leurs fondements représentatifs sont opposés: le premier prône la représentation anecdotique d'une réalité subjective alors que le second met en scène une iconographie populaire, débridée et baroque. 

Kawara, comme l'ensemble des artistes conceptuels, pousse l'art vers une négation de l'acte artistique relativisant de fait le rôle de représentation de l'oeuvre. Ian Wilson ira même plus loin, constituant des oeuvres uniquement verbales dont des certificats écrits permettent la matérialité. Ces artistes anéantissent ainsi la représentation, laissant le regardant (voire le participant dans le cas de Wilson)  libre dans l'interprétation et unique acteur de cette représentation potentielle. Oeuvres libérales, elles mettent la subjectivité et le choix au centre de leurs propos. 

Exemples du travail de Kawara: 

A l'opposé, Koons, nous inonde d'images (pour ne pas dire de clichés) afin que la représentation soit totale. Véritable dictât esthétique, son oeuvre a de cela de baroque qu'elle a pour objectif de démontrer un pouvoir par la profusion d'artifices. Art totalisant (culte du créateur, public de masse, message simple, esthétique pop ...) l'oeuvre de Koons (et donc de Warhol ?) ne laisse, elle aussi, aucune place à la représentation. L'ensemble de ces oeuvres surchargent tellement la représentation qu'il la transforme en miroir éblouissant allant jusqu'à la faire disparaître. 

La négation de la représentation est donc présente aussi bien dans l'art conceptuel que dans l'art pop. Si le premier peut être qualifié de "libéral", le second lui est "totalisant". Mais chacun met en avant la destruction du rôle représentatif de l'art. 

vendredi 22 mai 2009

SQUATTE // PUBLIC

Univers fantasmé, le squatte artistique est un monde à part, véritable microcosme social, il véhicule une image floue, entre nonchalance parasitaire et création débridée. 

Pour moi, chacune de ces deux images est vraie. Mon propos ne sera donc pas d'en faire l'apologie, mais reste que certaines vérités se sont imposées à moi, lorsque, un peu ouvert et curieux, je me suis laissé séduire par un tel espace. 

Tout commence par une simple constatation: créer demande de l'espace. Pour ceux qui n'ont pas la chance d'avoir un lieu pouvant être dédié à leur travail, le squatte est souvent l' unique solution. Un graphiste free-lance peut travailler sur un coin de table, on verra plus difficilement un sculpteur aux terrasses des cafés.

Mais restera surtout l'image de ce prix, décerné par la Marie de Paris, récompensant un des "locataires" pour son travail. Cette même Mairie qui engage des procédures (légitimes) d'expulsion. 

Ces lieux, manifeste d'une société schizophrène quant à son rapport à l'art, sont d'une utilité indéniable bien que ne représentant en aucun cas une solution idoine, ni pour les artistes, ni pour les propriétaires spoliés. Reste que, gérés dans le respect et l'intelligence, ils peuvent se révéler être des lieux passionnants. 

Et puis, il fût si agréable de voir de l'art en dehors des salles blanches des galeries. L'art y est moins abouti, souvent plus naïf, trop militant, mais il y est aussi plus anecdotique, plus touchant. 
 

jeudi 9 avril 2009

GALERIE // TOUR # 1

Edith Dekyndt // Transparent Celling // 

Galerie Les Filles du Calavaire

Pour tous ceux qui croient en la formule : " la vérité gît dans les détails", allez voir cet accrochage où vous ne pourrez vous empêcher de vous approcher au plus près des oeuvres pour les analyser et y pénétrer pleinement de façon insidieuse. L'artiste arrive en effet de très belle manière à vous intéresser aux objets (dans son sens littéral, à savoir interesse, être dans les choses) et propose des oeuvres anti-superficielles. 

Mircea Cantor // White Sugar For Black Days 

Galerie Yvon Lambert 

Pour y découvrir cet artiste d'origine roumaine dont la sincérité du travail a été filmée dans la dernière émission  de France 5 "L'art et la manière" . D'une matérialité forte, les oeuvres de Mircea nous confrontent brutalement aux éléments. C'est simple, efficace et paradoxalement poétique. 

mercredi 8 avril 2009

FASHION // ARTIST

Hier, un long débat m'a opposé à une personne qui considérait que porter de l'intérêt à ses vêtements était futile et preuve d'une grande superficialité.  

Très vite, cette interlocutrice, fait la comparaison avec les artistes, ces gens capables eux, de sublimer les choses par l'utilisation de certains médiums (vidéo, peinture, photo ...). Elevés au rang de génie, ils avaient, selon elle, un crédit bien supérieur à ces "fashion victims" sans cervelle, simplement bonnes à mettre en valeur des charmes dont seule la providence pouvait être tenue pour responsable. 

Poussant sa réflexion plus loin, je lui fais alors remarquer que les artistes utilisent finalement les objets ordinaires comme médium non verbal afin de concrétiser leur capacité créative. Après son approbation je lui fais donc remarquer que le vêtement peut-être lui aussi considéré comme l'un de ces médiums et donc être l'expression d'une capacité créative. 

Le corps devenant ainsi support de l'oeuvre ou même partie prenante de celle-ci (comme un cadre pour une photo). Les artistes qui utilisent le corps comme medium sont d'ailleurs légion (Beuys , Vanessa Beecroft ...) et ce depuis longtemps. Dans "Clara et la pénombre" José Carlos Somoza ira même encore plus loin en prophétisant dans un futur proche, l'existence de toiles humaines, vendues, peintes et exposées comme n'importe quelle oeuvre.

Alors oui, la mode (ou plus justement, le stylisme) est une forme d'expression de la capacité créative au même titre que la photo, la peinture ou la vidéo. Il passe par le corps et les vêtements et comme tout art, il relève d'une certaine aptitude personnelle mais aussi d'un vrai travail de recherche et d'une prise de risque qu'il est normal de jalouser pour ceux qui n'osent jamais. 
 

jeudi 5 mars 2009

JEFF KOONS // THE READY MAN

Nous l’avons assez dit, acquérir une œuvre de Jeff Koons, c’est obtenir dans le même temps une matérialisation concrète, tangible et ostentatoire de sa force financière. Mais prendre possession d’une réalisation de l’artiste aux « Balloon Dogs » c’est aussi entrer dans la cour des amateurs d’art et se rapprocher un peu plus du mythe vivant de l’art contemporain. Si tout acte d’achat d’art est motivé par de multiples facteurs, il serait ici absurde de les limiter à la seule acquisition matérielle de l’œuvre, objet de l’échange

La force de Jeff Koons réside en effet dans le fait qu’au-delà de l’ « objet » artistique qu’il propose à ses acheteurs, il offre une prestation pour v.i.p et la possibilité de côtoyer un artiste. Fini le temps où les plasticiens se contentaient de laisser travailler leurs agents à qui revenait le travail de critique (dans le sens noble du terme, c’est-à-dire de créer un lien intelligible et sensible entre l’œuvre et son public). Jeff Koons s’offre à ses acheteurs de manière directe et brutale au même titre que ses œuvres et en acquérir une, c’est s’offrir un peu de l’artiste en tant qu’homme et objet de propagande du « goût juste ». 

S’opère ainsi une translation de l’objet artistique de l’œuvre vers l’artiste et celui-ci de devenir lui-même l’objectif réel de l’achat. Jeff Koons devient à lui seul l’œuvre, une sorte de méta-concept qui transcende l’objet au point de devenir plus fort que lui. L’artiste est ainsi un accès facile et pratique vers le monde de l’art. Il se présente en costume cravate, beau, intelligent, en un mot : mondain. Il offre ainsi aux collectionneurs la possibilité de s’identifier à un artiste qui leur ressemble. Véritable mélange des valeurs entre art et marché, l’artiste a su peu à peu transposer ses codes d’ancien trader vers le monde de l’art contemporain. 

Jeff Koons n’a ainsi d’intérêt que si la transposition problématique que sa personne opère est considérée comme une manifestation artistique. Or, une œuvre est qualifiée de ready-made lorsque cette dernière est la transposition, sans transformation ni modification, d’un objet, d’un univers quelconque vers un autre qui lui est étranger (en particulier le monde de l’art). Jeff Koons se transposant alors de manière si brutale du monde du show-business vers celui de l’art contemporain s’apparente à un ready made humain. Il choque le monde de l’art par sa personnalité et par sa façon de « produire » ses œuvres et « provoque » son audience par ses créations.  

Jeff Koons ne restera sans doute donc pas un artiste connu grâce à son travail plastique mais par le méta-concept  qu’il représente et qu’il entretient. Il aura eu le mérite de faire bouger les lignes, de questionner encore un peu plus la place et le rôle de l’artiste contemporain. Après lui, beaucoup d’artistes n’auront peut-être d’intérêt que leurs personnalités. 

Il ne serait pas étonnant de voir émerger dans quelques années des artistes ne mettant en scène que leur propre vie et leur célébrité, devenues objet d’art. On a pendant longtemps assisté à la lente transposition de l’oeuvre d’art du bel objet vers la matérialisation abstraite de concept artistique. Il est aujourd’hui temps de consommer l’artiste, ultime étape de la translation de l’objet d’art. 

PRODUIT // COMMUNICATION

Il y a de cela 15 jours, j’avais la chance de participer à une conférence de mon ami Anthony Lebossé, membre de l’agence 5.5 Designers,. Il y présentait ses projets avec en toile de fond ce qu’est le travail d’une agence de design. Ayant travaillé un temps avec eux, je regardais défiler les diapositives sans grande attention jusqu’au moment où Anthony lance cette phrase dans l’assemblée « les marques viennent plus vers nous pour notre couverture médiatique que pour notre boulot de designer … ».

Certes, rien d’étonnant à ce qu’une marque recherche un peu de publicité auprès de designers connus en les faisant travailler sur des produits « image ». Les exemples sont multiples et donc rien de nouveau là-dedans. Mais les choses deviennent bien plus intéressantes par la suite.

En effet, Anthony de rajouter : « la liberté laissée aux designers pour la créations d’ « objets images » est bien plus grande et les gens bien plus ouverts car le but n’est pas de vendre mais de communiquer ». La liberté de créer sans contraintes commerciales engendrerait donc des monstres du design tout juste bons à remplir les pages des magazines ? 

Et bien non. Le projet développé par cette agence pour Scotch-Brite ( la Maison en éponge: Set de 5 éponges pour la maison : WC, évier, cocotte, baignoire et assiette, cf photo) à l’origine produit  de communication, sera dans un proche avenir vendu en grande surface après un véritable plébiscite des acheteurs. Pourquoi ? Car ce produit a du sens et qu’il respecte la règle du bon produit « form follows the fonction ». Chaque éponge présente dans le set est en effet spécifiquement prévue pour nettoyer le revêtement de l’objet qu’elle représente. Personne au marketing n’avait eu jusqu’à lors pensé à rendre la fonction  de l’éponge visible par sa forme. Ce n’est qu'en laissant la parole et le temps de la réfexion à des designers compétents lors du développement d’un produit de communication qu’une marque a sans doute trouvé un de ses plus beaux projets marketing. 

A méditer.